Le petit n’en peut plus. Va-t-il tourner de l’œil (quelle drôle façon de s’exprimer !) ? Je m’approche à pas de berger de sa tendre personne, prépare une peau de mouton que je glisse sur son ombre, ferme les rideaux afin que nulle trop brillante lumière ne blesse ses yeux de séraphin.
Mais est-il irritant ! il ne chute point. Au contraire, je le vois raidir ses muscles, tendre tout son être de chair ainsi qu’un tout petit agneau poursuivant un grand méchant loup ayant perdu son dentier, me regarder enfin avec du désespoir au fond de la prunelle. Désespoir qui soudain tourne à la fureur. Sa face devient rouge, son cou se barre de grosses veines, ses épaules frémissent, ses membres s’agitent violemment et ses pieds raclent le sol, martyrisant les doux et odorants pétales de rose que j’avais épandus afin de lui montrer mon affection. Qu’a-t-il ? Pourquoi contracte-t-il son adorable petit corps si gracieux d’ordinaire ?
Puis une violence démesurée me surprend dans ma contemplation. Des éclairs jaillissent de ses yeux, son corps expulse des gestes aussi durs que le gâteau de granit nappé de chocolat offert à une centenaire ayant eu jusqu’à ce jour le bonheur de conserver toutes ses dents, de l’écume recouvre ses lèvres habituellement si douces. De ce maelström émergent des gémissements, puis des sifflements, enfin des hurlements à réveiller une statue de sourd-muet saluée par une salve de bienfaiteurs. La SUit..., discerné-je de ses tremblements de corps, de souffle, de cris. La suite à nouveau m’interpelle, m’oblige à me demander si je ne suis pas issu d’un être de pierre et de vent, de nuage et de pâquerettes couvrant les prairies printanières de millions de tétons d’or. Humbles fleurs qu’écrasent sottement vos pas lorsque, tout émoustillé par la brise venue de contrées où aimer est la seule chose qu’ont apprise les autochtones, et la seule qu’ils effectuent au bord de clairs ruisseaux à l’onde fraîche et parfumée, vous traversez le pré un fusil de chasse dans la saignée du bras pour expulser avec perte et fracas une charmante fillette en train de recoller les ailes d’un oiseau qu’en maladroit chasseur vous n’avez pas complètement raté.
LA SUITE !, bleuit enfin le petit, avant que de s’écrouler sur un sol qui pour être de la patrie n’en est pas moins recouvert de crachats, de mégots et de divers autres déchets d’une société en voie de surconsommation tellement avancée que l’on ne retrouve plus que des emballages vides et des tickets de caisse bordés de noir.
Mais qu’a réclamé si véhémentement le petit ? Ne serait-ce point la suite de ce récit d’une telle perfection que je pleure à grosses gouttes au seul fait d’évoquer le génie de l’Auteur qui, s’il dort le plus souvent sur ou sous sa maîtresse, n’en est pas moins la lumière de ce siècle nouveau, reconnu par tous comme le plus grand, encensé par les critiques s’en arrachant les plumes et caressé par les marchands de papier faisant tout pour amener leurs rivaux à merci grâce à des coups aux bourses plus ou moins réguliers afin de s’assurer l’exclusivité de l’Œuvre immortelle (elle aussi ! Et nous alors !? – bis) de ce gigantesque écrivain.
La suite... Ah oui ! La suite ! Bon ! Eh bien, puisqu’il est primordial lorsqu’on écrit un roman de faire franchir au héros les différentes étapes susceptibles de donner au lecteur l’impression de ne point languir outre mesure en s’abîmant les yeux et en se préparant une sévère céphalée au coin d’un feu de bois en polystyrène expansé (il n’en reste plus de vrai, ou si peu qu’il est réservé au livre de l’Auteur) jusqu’au dénouement final de plus en plus difficile à rendre heureux, la voici :
(à suivre)